Elle sombra dans ses bras un soir de désespoir, abandonnée à son triste sort de femme à qui on a posé un lapin.
Elle s’était rabattue sur un commerçant du coin. Un montagnard venu monter une fromagerie en métropole. Elle le connaissait déjà un peu. Il ne cessait de lui dire que c’était une belle femme et l’accueillait toujours avec un large sourire lorsqu’elle venait lui acheter un fromage. Pourtant, cette première soirée en tête-à-tête n’était qu’une maigre consolation pour elle mais une opportunité à saisir pour lui.
Suite à ce premier rencart – qui n’en était pas un à la base – ils communiquèrent régulièrement et elle se laissa séduire dans le vain espoir d’oublier un instant les aléas de son cœur.
Un matin, il vint la chercher chez elle pour la porter jusqu’à sa tanière aux allures de garçonnière. Un peu nerveuse face à cette situation incongrue -surtout avec un homme dont elle s’était promis de ne jamais céder aux avances- elle s’étendit sur le lit et attendit qu’il fasse le premier pas. Après une dernière bouffée de cigarette qu’il écrasa prestement dans le cendrier, il se pencha sur elle et l’embrassa.
Elle avait oublié le goût de sa bouche lors de cette première soirée un peu alcoolisé. Ce n’était pas désagréable mais pas non plus transcendant. En se pressant contre lui, elle avait hâte de le sentir en elle.
Zéphine se serait bien passé des préliminaires et aurait voulu aller direct à l’essentiel. Ce qui ne paraissait pas être dans les intentions de son fromager de quartier déjà nu comme un vers. Il s’agitait au-dessus d’elle et elle se demandait ce qu’il pouvait bien trafiquer.
Sans conciliabule ni autre préambule, il se retourna et lui proposa son séant pour un 69 improvisé. En son for intérieur, elle se fit la réflexion que ça prendrait du temps avant qu’elle ne cesse d’associer son nouvel amant à ce cul poilu. Elle se souvint qu’il y a quelques jours encore, son exilé des montagnes l’intimidait. Elle conclut alors que le meilleur moyen de ne plus se laisser impressionner par un homme était de coucher avec lui.
Zéphine regarda l’appendice pendre au-dessus de sa bouche et n’eut nulle envie d’y goûter. Vous prendrez bien une petite bouchée pour le p’tit déj ? Sans façon, j’ai déjà mangé.
Bref.
Elle ne sait plus trop comment elle esquiva cette offre inattendue, mais elle parvint à ramener son visage vers elle pour passer à des choses plus sérieuses.
Ils continuèrent de se voir malgré ça. Il était disponible, généreux et entreprenant. Il perturbait sa routine, rompait l’ennui des jours qui défilaient, monotones. Lui faisait oublier pour un temps le vide de son existence. Et il avait bon cœur. Avec ses habits elle le trouvait plutôt beau et charismatique. Tout nu, elle l’aimait un peu moins. Mais la vie réserve d’agréables surprises des fois, elle n’allait pas s’arrêter à ce détail. Avec le temps, elle tomberait peut-être amoureuse : en le découvrant un peu plus, elle avait été agréablement surprise. Ça ne pouvait qu’aller en s’arrangeant, se dit-elle, oubliant pour un temps les poils noirs de son derrière.
Couchés dans son lit, il lui faisait l’amour. Il s’appliquait. Il voulait être romantique. Alors il prenait son temps. Il était doux. Il était tendre. Il pesait et soupesait ses gestes. Son va-et-vient était lent. Si lent. Trop lent.
Mon Dieu, que c’était mou. Zéphine se retint de soupirer. C’était long et elle ne sentait rien. Elle essayait, elle faisait un effort pour ne pas le vexer mais ne tint pas. Elle se leva brusquement et prétendit s’ennuyer. Elle voulait s’amuser ; pas faire sembler de déborder d’une tendresse à peine partagée. Elle se retourna et il approuva sa décision.
Elle s’enflamma et réclama une fessée. Elle réitéra sa demande au cas où il n’aurait pas compris, mais il ne répondit toujours pas. Il était définitivement sourd à son appel. Elle eut honte. Elle était peut-être allée trop loin et avait choqué ses oreilles chastes. Imposé un 69 pas de souci, mais pour le reste on se rappellera. Petite dévergondée va ! On ne l’y reprendra plus à réclamer comme une mauvaise fille.
Les choses évoluèrent, mais pas dans le bon sens. Un rien l’énervait. Des détails qui devaient rester insignifiants devinrent une bonne raison de rompre. Ce soir là, ils étaient sur le canapé à attendre que le temps passe. Ils n’avaient rien à se dire mais il restait collé à elle, lui promulguant des caresses qu’elle subissait. Insensible à cette main sur sa jambe, elle ne savait pas comment lui dire de partir. Lui n’avait pourtant qu’une idée en tête, bien qu’il retourna chez lui la queue entre les jambes cette fois-ci.
Ça se voyait pourtant qu’elle n’en n’avait pas envie, que ce n’était pas le moment, qu’il était trop tard, qu’elle avait autre chose à faire, qu’elle était fatiguée, qu’elle ne répondait pas à ses avances et les esquivait. Mais il ne voyait rien, trop centré sur ses propres désirs. Ce manque de perspicacité pour quelque chose d’aussi évident le rendit encore plus agaçant.
Et puis, elle trouvait ses bras trop fins, trop mous. Et son ventre ressemblait à un ballon gonflé à l’hélium.
Et puis, elle trouvait qu’il sentait le vieux. Elle était sure qu’il mentait sur son âge. Elle était incapable de lui en attribuer un. C’était un homme sans âge.
Et puis, il ne faisait pas l’effort d’orthographier correctement son prénom. Prénom qu’il n’utilisait jamais d’ailleurs. Il l’avait rebaptisé d’un surnom flatteur qui faisait sourire Zéphine au début, puis c’était devenu vexant, ce refus de son identité.
Et cette façon qu’il avait de jouir en elle systématiquement. Et d’y rester loger. On aurait dit qu’il allait y planter sa tente. Alors qu’elle lui disait de faire attention. Tu sais j’oublie souvent ma pilule, au moins deux fois par mois ! Faisons attention…C’était comme si il voulait lui faire un enfant dans le dos.
Alors les poils noirs du derrière refirent surface…
C’est ainsi que Zéphine en eut marre, Zéphine se lassa, Zéphine se cassa.
