Mon problème, c’est que j’étais incapable de prendre une décision. Ces cours de juriste m’avaient prouvé que j’étais capable, mais ils m’ennuyaient terriblement et je voulais autre chose. Quelque chose de plus.
Et si il y avait bien une chose que ces petites gélules ne guérissaient pas, c’était mon tempérament de femme indécise.
Je sentais que j’étais capable d’en faire beaucoup plus et face à cette multitude de chemins qui s’ouvraient devant moi, j’observais toutes ces nouvelles possibilités sans parvenir à savoir quel serait le meilleur choix pour moi.
Au vu de mes nouvelles compétences, je compris que je pouvais prétendre à l’élite de l’élite. Un soir, après avoir passé la journée à peser le pour et le contre, mes idées étaient perdues et emmêlées dans un brouillard confus. Je voulais prendre une décision avant de me coucher, j’estimais avoir assez perdu de temps comme ça. J’avais déjà 30 ans et toute la première partie de ma vie était une succession d’échecs et de perte de temps.
Je voulais de l’argent, je voulais la liberté. Le reste n’avait pas d’importance. Pour atteindre un poste sans trop de contrainte ou j’aurais pu faire semblant d’occuper une fonction importante, le plus malin était d’entrer à Polytechnique. En plus d’obtenir le bon diplôme qui m’ouvrirait les bonnes portes, je pourrais rencontrer un bon mari avec un peu de pouvoir. Un bon parti quoi. Je réaliserais enfin le rêve de ma mère.
Je ne sais pas comment j’ai fait, mais je n’eu pas trop de mal à rentrer à Polytechnique.
Je me retrouvais au milieu de futurs technocrates tous plus arrogants les uns que les autres. C’était à celui qu’aurait la plus longue. J’étais entourée d’ennemis, mais j’étais assez maline pour savoir que je devais aussi m’entourer d’amis. J’en ai eu quelques-uns dans cet endroit. Tous n’étaient pas des petits cons prétentieux, certains étaient réellement sympa. Je m’imaginais déjà à la tête d’une future industrie : Je récompenserais les plus fidèles en leur offrant des emplois fictifs, j’achèterais des maisons au noms de ma société que je distribuerais à ma famille. Je violerais le groom du Ritz, mais ça ferait du bruit. Il me dénoncerait, il ne se laisserait pas faire le salopard. Moi qui pensais que le petit peuple n’était bon qu’à me servir et à fermer sa gueule. Ça ferait du bruit. À ce moment-là, toutes mes fraudes fiscales éclateraient au grand jour, et pour me sortir de cette impasse, mon mari irait pleurer auprès du président ou irait vendre un de ses tableaux ; il dilapiderait son héritage familial pour mes beaux yeux, par pure solidarité envers moi. Même dans le mal, l’amour nous unit.
Mais mes beaux yeux, il ne pourrait plus les encadrer après ça, et il demanderait le divorce. J’aurais même pas honte. Le pouvoir ça monte à la tête. Allongée au soleil face à la mer et au bord de ma piscine, cachée des autres par une forêt de pin, de quoi pourrais-je avoir honte?
Ce soir là, on fêtait la fin d’année tous réunis entre nous : le gratin du gratin. On fêtait ça au champagne dans une boîte de nuit parisienne. Mes futurs collègues avaient fait venir un ou deux dealers pour les fournir toute la soirée en cocaïne et ecstasy. Ils n’étaient rien d’autres que des distributeurs de drogues. Si la police venait, ils les dénonceraient tout les deux. « Pas vu pas pris, c’est pas moi c’est lui. » Pas leur problème. Je reconnus un des dealers. J’étais sortie avec lui dans une autre vie. Il avait été l’homme de ma vie. Mais je n’avais jamais été la femme de sa vie. Je l’observais en penchant la tête sur le côté comme ça, avec ma coupette de champagne à la main, et je me demandais ce que j’avais bien pu lui trouver, avant. Il ne me faisait plus du tout le même effet. J’étais passé un level au-dessus.
Quand il me vit, il s’approcha de moi et me fit la bise. Et je compris pourquoi il m’avait fait autant d’effet. C’était purement animal, il dégageait cet odeur de sexe. Et avec ses larges épaules protectrices et son cuir usé sur le dos, il possédait une aura d’étalon en rut. C’est sans doute pour ça que lorsqu’il a voulu me prendre dans les toilettes pour un petit coup vite fait, je n’ai pas su lui dire non.
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