
J’étais sortie de ce rendez-vous déçue car le doc avait refusé de m’hypnotiser. Moi qui avait espéré qu’une heure avec lui aurait suffit à me transformer. Je voulais changer vite et sans effort.
En revanche, il m’avait commandé des gélules sur un site internet connu de lui seul et je devais les recevoir demain à la maison. En attendant, il m’en avait tendu une avec un verre d’eau que j’avais avalé tout de suite. Il m’avait parlé de constituants naturels comme le griffonnia, le safran et d’ autres substances dont il tut le nom.
Il m’expliqua que les TOCS étaient souvent dus à un manque de sérotonine. Il me conseilla d’intégrer à ma nourriture plus de sardines et de bananes car ces deux aliments en regorgeaient. De plus, la sardine me fournirait des Omega 3 qui améliorerait les performances de ma mémoire.
J’étais rentré chez moi le soir même, très déçue que la gélule ne marche pas tout de suite car je me surpris à combattre quelques TOCS. Mais le docteur m’avait prévenu que pour ressentir les premiers effets il fallait attendre une petite semaine. Et pour en bénéficier complètement, un mois complet.
Le lendemain, je réceptionnais le colis et gobait ma deuxième gélule. Puis, je me fis des pâtes. En tant que nouvelle chômeuse j’allais pouvoir bouffer des pâtes longtemps si je ne trouvais pas tout de suite un nouveau travail.
J’imprimais un nouveau CV et une lettre de motivation avant de faire le tour des agences d’intérim sans grand entrain. Deux jours après le rappel de l’une d’elles, j’enfilais une blouse blanche et je couvrais mes cheveux d’une charlotte en tissu.
Debout, derrière un tapis roulant, je mettais des poissons panés dans une barquette en plastique. La barquette filait ensuite tout droit se faire plastifier et rejoindre un autre tas de barquette en route pour la grande distribution.
J’étais debout dans cet entrepôt refroidit à 2 degrés Celsius, hiver comme été. Je me les pelais grave et le bout de mes doigts étaient congelés. Et je remplissais des barquettes de poissons panés. J’aurais préféré être coiffeuse. L’idée de ce métier ne me déplaisait pas d’ailleurs, mais je n’aurais jamais osé choisir cette voix là, car ce n’était pas assez bien pour la société, pas assez bien pour ma mère. Merci maman, regarde où je suis maintenant.
Comme pour tout le monde, quand on s’ennuie le temps paraît plus long. Je regardais l’heure, réellement persuadée que je devais remplir ces foutues barquettes depuis au moins deux bonnes heures, mais en réalité à peine 20 minutes venaient de s’écouler. C’était une horreur. J’avais encore 7h à tirer ici, avec mon corps frigorifié de la tête au pied, en train d’effectuer ce geste lancinant et répétitif. Comme je regrettais mon fauteuil pivotant de caissière. Hôtesse de caisse, c’était le grand luxe à côté, le privilège de ceux qui n’ont pas de qualification.
Je tins malgré tout deux semaines jusqu’à ce qu’on n’ait plus besoin de moi, merci mon Dieu.
Les filles de là-bas étaient gentils, elles m’avaient refilé un sac entier de poissons panés invendables car ils s’étaient cassés en atterrissant dans la barquette. J’allais pouvoir faire le plein d’Oméga 3. Je voulais tellement m’ouvrir à de nouvelles perspectives d’avenir que depuis deux semaines tous les soirs, je me renseignais sur les diverses formations par correspondance qui existaient. Je pourrai peut-être en trouver une pas trop compliqué qui me permettrait de continuer de bosser en parallèle. Malheureusement, rien ne me branchait sérieusement et j’en choisit une au pif.
SUITE CHAP.9 : https://zephine.art.blog/dr-magic/chapitre-9/