
Il lui semblait beau et bien bâti.
Il l’avait soulevé dans ses bras sculptés comme ceux d’une statue grecque, pour l’emporter sans trembler vers tant de promesses délicates. C’était comme le prélude d’un nouvel espoir, d’un nouvel amour simple et sans accroc. Mignon et amoureux, joyeux et franc, fidèle et stable, en voilà un qui répondait avec brio à toutes les exigences de ces dames. Il faisait un peu rêver… Alors, elle se laissa aller contre lui.
Puis les jours défilèrent… Elle avait pensé le revoir parfois. Mais le temps passait et il ne lui manquait pas. Ils se parlaient sur skype et pour elle c’était bien suffisant : cet unique moment d’intimité qu’ils avaient partagé n’avait pas été fameux.
Lors de cette nuit, il lui avait fait une confidence sur l’oreiller :
« Avant j’étais plutôt nul au lit. Mais depuis que mon ex m’a quitté je fais beaucoup mieux l’amour. Je ne pratiquais que le missionnaire ».
C’est sûr qu’elle avait été ballottée cette nuit-là. Ils avaient expérimenté les variations du Kamasutra en veux-tu, en voilà.
Bref. Il commença à en avoir marre de cette façon qu’elle avait de l’esquiver et il lui fit clairement savoir. Elle aurait pu l’envoyer promener, elle ne lui devait rien. Mais quand même : elle l’aimait bien, alors elle céda et l’accueillit chez elle.
Il fut convenu qu’il la rejoindrait après le dîner. Les enfants étaient casés chez les ex, rien ne pouvait les empêcher de se voir en tête à tête et passer un bon moment.
Il arriva direct après le travail, en tenue de chantier. Il émanait de lui une odeur de sueur qui éveilla chez elle une envie de sexe.
Pourtant, lorsqu’elle but un verre de vin et fuma une cigarette toute seule, elle ne put s’empêcher de penser que c’était décidément bien chiant un garçon qui ne boit pas et ne fume pas.
Après un silence gênant entre eux deux, il s’approcha d’elle et la souleva dans ses bras. Portée dans sa chambre comme une princesse, elle ne sut plus trop comment les choses débutèrent une fois là-haut…
Épuisée par tant d’assaut vif et viril, elle espéra avoir assez donné d’elle pour qu’ils puissent se reposer blottis dans son lit.
Mais couché sur le dos, il reprenait son souffle. Ils étaient allongés tête bêche et ils haletaient tous les deux, brisant le silence de la pièce.
Quand soudain, elle sentit un pied froid et rigide, poilu et sans élégance, se glisser dans son endroit humide, entre ses jambes. Mais que faisait-il? Quel geste incongru. Le malotru avait cru bon de réveiller son désir par ce geste disgracieux. Il fallait l’interrompre à tout prix.
Elle retira ce pied impoli et invita ses mains à lui montrer plus de courtoisie.
Mais c’était trop tard, elle ne parvenait plus à se concentrer : ce pied infâme revenait sans cesse lui hanter l’esprit et glacer sa libido. L’extase de son copain de jeux déclencha l’alarme de sa libération et, soulagée, elle s’allongea sous sa couette prête à rejoindre les bras de Morphée.
Lui, s’endormit très vite mais pour elle, la nuit fut longue…
Elle commençait à s’assoupir lorsqu’un bruit sourd et grave la tira de son sommeil : son voisin de lit ronflait à en faire trembler les murs. Envahit par ce bruit de trompette, elle essaya d’en faire abstraction et de se laisser aller. C’était impossible. Le ronflement était si fort que mêmes les voisins devaient l’entendre, elle l’aurait juré. Alors elle attendit…Il lui sembla attendre longtemps avant que le matin pointe le bout de son nez et que ce soit l’heure d’aller au boulot pour lui.
A l’aube, libérée de son geôlier pourtant si gentil, elle put enfin se reposer de cette nuit saugrenue…