
J’avais raconté à ma sœur que j’avais pris un covoiturage à l’aube pour rentrer sur Lyon, mais en réalité j’attendis dans un café de Neuilly. Je ne souhaitais pas lui faire part de mes projets et tout ceci devait rester secret.
A 8h, je tentais ma chance pour pénétrer dans l’immeuble et cette fois la porte s’ouvrit automatiquement.
Mais il y avait un premier barrage à passer : la secrétaire. Je lui racontais brièvement mon histoire, comment j’avais découvert le cabinet, comment j’étais arrivée là et ce que je risquais pour venir. Elle n’eut pas l’air convaincu, elle eut même l’air sceptique, et l’idée me traversa que si tous les tarés et ratés de France et de Navarre décidaient de se pointer ici sans rendez-vous, c’était mal barré.
Elle me proposa néanmoins de m’assoir et m’expliqua qu’elle allait répéter mes propos au médecin.
J’attendis longtemps dans la salle d’attente, tout le monde passait devant moi mais on ne me disait pas de partir alors je restais. On testait peut-être ma motivation, si on ne me disait rien c’est que je ne patientais pas pour rien.
Il allait bientôt être 11h et mon ventre gargouillait sévère : je n’avais rien mangé le matin. Je me disais que j’aurais peut être le temps de courir à la boulangerie m’acheter un sandwich mais j’avais trop peur qu’on me pique ma place, ou pire, qu’on s’imagine que j’avais lâché l’affaire et ne plus pouvoir rentrer ici. Je vis que la secrétaire avait fermé la porte de son bureau mais je pouvais encore la voir par les stores de sa cloison vitrée. Elle était en train de casser la croute avec un homme aux cheveux ébouriffés dont je ne distinguais que le dos mais que je devinais être le docteur en question. Quand il parla, je reconnu sa voix grave et c’était la même qu’à la télé.
C’était trop long pour mon corps à la limite de l’hypoglycémie. Je descendis en trombe dans la rue, fis impatiemment la queue à la boulangerie et couru reprendre ma place sur mon siège. Rien n’avait bougé, c’était toujours les mêmes qui attendaient en feuilletant de vieux magasines qu’ils ne feuilletaient probablement jamais ailleurs que dans une salle d’attente.
J’attendis encore longtemps comme ça, parfois j’allais boire au robinet des toilettes, parfois j’y faisais aussi pipi. Le temps dura ainsi jusqu’à 15h30 et je craignais que lui et sa secrétaire m’oublie dans cette salle d’attente. Ils allaient m’abandonner ici et j’allais passer la nuit sur une de ces chaises toute dure, enfermée dans un cabinet de thérapeuthe.
Vers 15h30 pourtant, le docteur, un homme très grand, presque un géant, ouvrit la porte de la salle d’attente et me regarda de l’air de celui qui rend les armes en prononçant mon nom.
Je me levais et le suivis tout de suite.
Il me regardait depuis son énorme bureau de scientifique sur lequel il y avait exposé le crâne d’un homme. Au vu de la décoration du lieu, en observant tous ses trophés de chasses exposés au mur, je me suis dit que j’étais en face d’un maniaque.
Je lui racontais mes problèmes sans oublier de mentionner tout ce qui m’avait pénalisé depuis l’enfance.
Il m’écoutait d’une oreille attentive et en même temps que je lui parlais, il écrivait sur son clavier d’ordinateur. J’avais l’impression d’être un cas d’étude. Je pense même qu’il me voyait comme tel.
Il m’expliqua que dans mon cas, l’hypnose ne serait pas très utile. Mon problème n’était pas d’oublier, mais de rectifier certaines défaillances internes. Les symptômes que je lui avais décrit étaient dû a une déficience et un déséquilibre cérébral que je devais réparer ou construire car il se pouvait que cette défaillance est toujours été présente. Parfois, il suffisait de changer son alimentation et d’apporter au cerveau les éléments qui lui manquait pour être complet. Ainsi, si je mangeais beaucoup de poissons, j’allais améliorer les capacités de ma mémoire à force d’Oméga 3, si je mangeais beaucoup de bananes j’allais fournir la sérotonine qui manquait à mon cerveau. Mais dans mon cas, bien qu’un changement d’habitude alimentaire soit inévitable il ne serait pas suffisant.
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